Féministes Congolaises

Un site utilisant WordPress.com

Veuvage au Congo : une survivante raconte. 26 novembre 2010

Filed under: Non classé — gisele75 @ 17 h 31 min

Blandine Sita, leader de l’Association Femmes Plus du Congo (AFPC), raconte comment elle a vécue pendant les rites de veuvage et parle de son combat pour les droits des femmes.

Je suis veuve.

Mon époux était décédé le 16 Août 1993; date à laquelle j’ai commencé à être traitée de tous les mauvais traitements. Pendant les deux semaines de la veillée, ma belle famille a ordonné que je dorme sur une natte posée sur les carreaux de notre salon. Cela m’a valu plus tard une hospitalisation pour une pneumopathie de trois semaines après l’enterrement de mon époux.

Les sévices que j’ai subis. Il fallait payer pour manger.

Chaque jour vers 5 heures du matin, on me réveillait pour pleurer dans la rue, et accompagnée par les railleries de ma belle-famille. On se moquait de moi disant : « c’est fini les vacances en France! ». Pour que je puisse manger et boire mes parents devaient payer l’autorisation de près de 15.000 FCFA (30 US$) par jour. Je mangeais en position couchée, car je n’avais pas le droit de me relever.

Si je demandais à m’asseoir, je devais m’asseoir en regardant le mur la tête courbée, la face regardant le sol sans parler ni à qui que ce soit, excepté à quelques femmes pour quelques instants, mais surtout pas de paroles aux hommes. Quand on me remettait quelque chose, il fallait la poser sur la natte.

La coutume recommande qu’une belle sœur reste à coté de la veuve pour ses besoins. Dans mon cas, la belle-famille avait refusé de m’affecter une femme. Les cinq premiers jours, je suis restées sans me laver malgré mes menstrues imaginez la suite! Le sixième jour, il y a eu intervention d’une autre belle sœur pour qu’on puisse m’autoriser à me laver.

Dépossédée de tout, jusqu’à la fourchette!

Tout ce que j’ai travaillé avec mon mari pendant 25 ans m’a été ravi, y compris mon droit de pension de veuvage. Pour un homme qui m’a prise à l’age de 15 ans, je n’ai rien eu de lui même pas le capital décès.

Ils ont failli me ravir aussi ma parcelle, heureusement que le maçon de la famille est venu témoigner que cette parcelle me revenait et que je l’avais achetée avec mon propre argent provenant d’un état de sommes dûes après 5 mois de salaire impayés après ma formation à l’école Normale.

Le jour de l’enterrement, ma belle-famille m’a remis une tenue blanche pour aller au cimetière que j’allais porter pendant le temps que durera le deuil.

Je me suis sentie contrôlée et sans force.

Après l’enterrement de mon mari, j’ai été chassée de la parcelle. Je suis allée vivre chez mon oncle paternel.

Quand j’ai repris le travail, ma belle-famille l’a appris. Elles ont dépêché une de leurs nièces à mon boulot pour me rappeler : « toi, pourquoi ne portes-tu un habit blanc? Es –tu veuve? Qui t’a donné l’autorisation de porter ce vêtement? » . Ainsi, elles ne reconnaissaient pas que j’étais veuve. Elle m’avait parlé ainsi devant mes collègues de service; alors que ce pagne là avait été acheté par elles-mêmes.

Elles m’ont ensuite convoquée chez le Notaire pour mettre en cause mon mariage avec leur parent. Je vous dis que c’était très humiliant. Ainsi, par colère j’ai dû renoncer à la pension de veuvage.

J’ai découvert ma sérologie et me suis engagée à lutter contre le VIH/SIDA et la violence.

Quand j’ai connu ma sérologie, trois ans après je me suis engagée dans la lutte contre le VIH/SIDA afin de soutenir les autres. Et ma parution dans les médias a suscité des réactions chez quelques parents de mon défunt époux qui m’ont déclaré sans scrupules : « ce que tu fais là est entrain de ternir la mémoire de notre regretté frère. Il faut porter ton propre nom et non le nôtre ». C’est ce que j’ai fait, car je ne peux pas abandonner ce noble combat pour un nom.

Je lutte contre toute sorte de violence faite à l’égard des femmes et des filles avec les femmes de notre association Femmes Plus du Congo (AFPC). Nous sensibilisons les femmes dans leurs droits afin qu’elles retrouvent leur dignité. Nous devons montrer aux yeux du monde que rien ne sert de faire souffrir les autres femmes; surtout pendant le veuvage et pire encore aux personnes vivant avec le VIH/SIDA. Nous devons plutôt cultiver l’amour dans notre société.

Le pardon est une force qui libère

Je leur ai pardonné tout ce que ma belle-famille m’a fait. Et depuis là, je continue mon combat avec sérénité dans le souci d’amener les personnes vivant avec le VIH/SIDA à être prises en charge et sauvées.

Annette Blandine Sita

Publicités
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s