Féministes Congolaises

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«Nous devons utiliser les TIC pour mobiliser du soutien et amplifier les pressions… » 2 septembre 2011

Au Congo, les femmes vivent au quotidien les violences au foyer, au service, à l’école… Face à ce mal qui se développe dans notre société, associations et pouvoirs publics se mobilisent pour stopper le pire. La bataille est longue.

«Mon mari me bat tous les jours. Partout sur mon corps j’ai des cicatrices», témoigne Mélanie. Blanche, une autre victime ne cache pas ce qu’elle a vécu en 2009 à Pointe-Noire. « La cicatrice qui part de ma tête jusqu’à mon visage est un coup de machette que j’ai reçu de mon mari. J’ai eu dix sept épingles pour suturer cette plaie », a ajouté cette dernière lors de la journée internationale de l’élimination de la violence contre les femmes, qui a eu pour thème «la campagne des 16 jours d’activisme pour lutter contre la violence faite aux femmes».

De nos jours, les femmes utilisent les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) pour tentent de faire changer les mentalités. «J’ai été harcelée pendant deux ans par un des mes enseignants. Un jour, j’étais obligée d’enregistrer le son et j’ai envoyé un SMS au numéro vert MTN pour dénoncer cela. J’ai écrit cette histoire sur mon blog. Deux jours après, j’étais contrainte d’aller voir le proviseur pour le lui en parler et le problème a été réglé», confie une élève au lycée Savorgnan de Brazza en classe de terminale.

Les violences faites aux femmes et aux filles sont une réalité dans notre société. Elles sont souvent victimes de ces pratiques au jour le jour. «Les hommes nous prennent de force et refusent de se préserver», lâche une handicapée. Face à cette situation, des associations mènent des actions de terrain. Sylvie Niombo, Directrice exécutive de l’association AZUR Développement, pense que l’appropriation par les femmes et les filles des outils TIC (SMS, radio, vidéo, et blogues) dans la lutte contre la violence faite aux femmes et la promotion des droits de femmes est fondamentale. «Nos formations sur les TIC permettent aux femmes et adolescentes d’acquérir des compétences aux nouvelles technologies afin de faire usage pour mobiliser du soutien et amplifier les pressions sur la lutte contre les violences faites aux femmes pour le changement», insiste Sylvie.

L’assistante psychologique

Pour Emma Tsoulou, présidente de l’association Femmes solidaires, «nous avons formé vingt mamans démunies vendeuses au marché de Talangaï en conselling. L’objectif était d’acquérir les connaissances des droits pour distinguer les différentes formes de violences et de pouvoir apporter des solutions aux victimes». En effet, ladite association a mis en place une séance d’écoute. «Nous avons des espaces de parole qui permettent aux martyrs de parler ce qu’elles vivent. Nous trouvons des approches de solutions avec celles qui parlent de leurs situations et nous les orientons vers le Comptoir juridique Junior (CJJ) pour l’assistance juridique», déclare Emma.

Méconnaissant leurs droits, la plupart de ses victimes opte pour le silence prétextant qu’elles n’ont pas d’argent pour payer un avocat. Severa Mpassi, juriste au CJJ de Pointe-Noire, éclaircit, «le CJJ est là pour assurer une assistance juridique gratuite aux victimes de violences». Selon elle, «nous faisons l’accueil, l’écoute et la médiation pour ces dernières. Nous les aidons aussi à rédiger une plainte pour faire une déposition en justice», ajoute Severa. «Je suis mariée officiellement depuis 30 ans mais je ne suis pas à l’aise dans mon foyer. Mon époux me bat constamment et il entretient même des rapports incestueux avec notre fille. C’est grâce au CJJ que j’ai obtenue gain de cause en justice», se réjouit-elle.

Georgette Medja, présidente d’Handicap sans frontières, une association des femmes handicapées et des journalistes qui lutte contre de violences, a formé 40 femmes à faire la photo avec le téléphone portable, à l’enregistrement de son et l’internet pour combattre ce mal. Ceci dit, cette technique a donné des fruits aussi au lycée Savorgnan de Brazza où, 250 lycéennes ont été formées par Dynamique pluriel (DP) à lutter contre les violences à l’égard des filles à travers le SMS. Myrna Bakekolo, secrétaire générale à DP explique, «nous avons sensibilisé 250 filles sur la loi potinion afin de les aider à dénoncer les atteintes et harcèlements sexuels dont elles seraient victimes de la part de leurs professeurs en envoyant un SMS à un numéro MTN».

Selon les études du Ministère de la promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement, entre 1999 et 2006, 3,1% de femmes ont été violentées sexuellement ; 15,6% ont subit la domination et l’inféodation ; 14,2% ont subit des coups et blessures ; 10,5% ont été brutalisées et agressées ; et 9,2% ont subit la maltraitance, les tortures morales, les menaces et les injures. «Les femmes disent qu’elles sont violentées par des hommes, mais c’est elles mêmes qui nous provoquent et nous poussent à la violence», réagit un enseignant au lycée de la Révolution.

Hubert Boungou, cadre au Ministère des Postes et télécommunications, chargé des nouvelles technologies d’information et de la communication, pense qu’avec le projet de couverture nationale (fibre optique) piloté par Congo Télécom, «l’information et l’internet seront accessibles au plus grand nombre». Albertine Mossa, directrice au MPFIFD pense que, «pour réduire ce mal, il faut multiplier des campagnes de sensibilisation pour le changement de mentalités, des séances d’information, d’éducation et de communication sur les violences, les causeries débat, sketch à la radio, l’affichage des posters contre les violences». Albertine souhaite que, les auteurs de ces actes soient arrêtés et emprisonnés.

Jean Thibaut Ngoyi

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Des congolaises s’expriment sur le harcèlement sexuel sur internet 31 octobre 2010

Des associations qui montent au créneau et dénoncent le harcèlement sexuel dont sont victimes les élèves. Des réfugiées de la République Démocratique du Congo qui font un sit-in devant le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) à Brazzaville dénonçant le harcèlement sexuel dont elles seraient victimes par le personnel de cet organisme des Nations Unies. « Nous sommes habituées à voir à la télévision des informations sur des filles violées » rapporte l’homme de la rue ; cependant parle t-on du harcèlement sexuel dans les média, si ce n’est des reportages sur des rapports publiés ?

Les média aujourd’hui ne se limitent plus à la presse écrite, la télévision et la radio ; l’internet est arrivé avec une cohorte d’outils interactifs. Des femmes journalistes aux militantes des droits des femmes s’emparent de la toile pour dénoncer le harcèlement sexuel en milieu professionnel. Ce billet fait une revue des différents points de vue publiés sur internet par des femmes congolaises sur le sujet.

Avant tout, pourquoi bloguer?

Le phénomène de blogage chez les femmes journalistes et les militantes des droits des femmes au Congo est récent et remonte à deux ou trois ans. Elles utilisent Facebook ou d’autres réseaux sociaux, et sont aussi attirées par le facteur « gratuité » d’hébergement qu’offre ces espaces. Des débutantes à la rédaction aux plumes engagées, les blogeuses congolaises sont soit autodidactes soient formées par des organisations de la société civile.

Arlette Bakou, Chargée de la coopération multilatérale au Ministère de la promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement qui maintient un blogue depuis 2009, nous révèle « cette idée m’est venue du fait que j’écris parfois des articles dans les journaux de la place et j’ai pensé qu’avoir mon blogue serait une expérience exaltante. Les sujets que j’aborde sont variés, je parle autant des problèmes des femmes, de l’urbanisme, de l’environnement et des faits de société ».

Elle poursuit « bloguer est aussi une forme de communication, je sais qu’il y a des gens qui ne suivent ni la télévision, ni la radio mais sont actifs sur le net. C’est cette catégorie que je cible, je pense aux jeunes qui ont besoin d’appréhender la vie sous d’autres facettes. Bloguer est aussi un moyen de participer au phénomène de la mondialisation d’autant plus que je reçois les courriers venant du Canada et d’autres extrémités de la terre juste par un clic ».

Que disent-elles du harcèlement sexuel sur le lieu de travail au Congo ?

De nombreuses militantes des droits des femmes ont reconnu le problème. Le harcèlement sexuel sur le lieu du travail existe. Dans un interview publié par le magazine Nzele , Micheline Ngoulou, présidente de l’Association congolaise de lutte contre les violences à l’égard des femmes (ACOLVF) explique que le harcèlement sexuel « peut être défini comme une conduite qui se manifeste par des gestes, des actes, des paroles de nature sexuelle répétée et non désirés par la personne qui en subite […]. En d’autres termes, le harcèlement sexuel, c’est tout comportement qui consiste à rechercher les faveurs sexuelles à une personne en échange d’un service, d’un emploi ou d’un quelconque avantage ».

Pour Arlette Bakou relate sur son blogue : « le harcèlement sexuel se définit comme un acte violent lié à une agression sexuelle. Autrement dit, pour les jeunes filles, les autres formes de harcèlement associé au comportement, attouchements, propos indécents, sont considérés comme des formes bénignes de harcèlement ».

Micheline Ngoulou, Présidente, ajoute sur un billet de blogue « l’envoi des lettres à caractères sexuelles, des photos pornographiques qu’une personne envoie à une autre personne sans son consentement pour la contraindre à changer de comportement et adopter un comportement sexuel favorable pour l’agresseur. C’est une forme de pression, de violence que l’on exerce sur la victime ».

De quoi se plaint-on au juste ?

Quand on recherche les rapports sur le harcèlement sexuel, il y a davantage des articles ou des rapports de recherche sur le phénomène en milieu scolaire. Cependant, des témoignages de survivantes, découlant souvent des ateliers existent.

Les faits peuvent plus criards que l’on ne le pense et avoir une conséquence sur la vie professionnelle de la jeune femme ou la femme. En effet, Manhore De Bessi, Journaliste dans une chaîne de télévision privée, s’insurge à travers sur son blogue « cela remonte de plusieurs années que les femmes journalistes sont victimes de violences dans certains organes de presse de la ville de Pointe – noire. […] Les hommes s’accaparent des sujets de rédaction du genre politique et économie [qui sont censés bien payer].

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