Féministes Congolaises

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Démystifier la technologie pour défendre les droits des femmes 26 juillet 2010

Ce samedi 03 Avril 2010, l’atelier de formation intitulé échanges féministes sur la technologie prend fin. Il a connu la participation de 16 adolescentes et femmes provenant de Brazzaville, Pointe-Noire et Kinkala venues pour acquérir des compétences dans l’usage des technologies de l’information et de la communication (TIC) afin de lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles.

Durant trois jours,les participantes ont échangé sur les questions pertinentes telles que les procédures judiciaires à suivre pour les femmes et filles victimes de violence, la présence des femmes congolaises dans la blogosphère et aussi l’usage des média citoyens par les militantes des droits des femmes.

Les différents modules de formation étaient la production vidéo. Les femmes ont appris à manipuler des caméras numériques, filmer, capturer les éléments sur l’ordinateur et pratiquer le montage vidéo. Elles sont parties sur le terrain interviewer des femmes et des hommes et ont produit un reportage sur la violence domestique.

Les adolescentes et les femmes qui ont été formées sur la radio, sont également allées vers les étudiantes de l’université Marien Ngouabi de Brazzaville réaliser des interviews et sont revenues en salle monter les éléments avec le logiciel Audacity. Elles ont apprécié la radio, car elle permet de sauvegarder l’anonymat pour les survivantes de violence, mais également permet aux femmes vulnérables telles que les femmes séropositives de s’exprimer en toute quiétude.

Cela a été une joie de lire les billets de blogues rédigés et publiés par les apprenantes du module réseautage social. Elles ont appris à utiliser blogger.com, et aussi se sont inscrites sur Facebook et découvert là un moyen efficace de communiquer avec leurs contacts. Elles ont créé des galeries de photos avec flickr.com et ont apprécié cet outil qui leur permet de montrer au monde les réalisations de leurs organisations.

Au cours de la formation, des femmes ont partagé leurs expériences sur le blogage ; notamment Arlette Bakou qui blogue de façon engagée sur les questions des droits des femmes et droits socio-économiques et Vivienne Dzobo qui dénonce les cas de violences sexuelles et domestiques à Pointe-Noire sur son blogue.

L’atelier a été ouvert officiellement en face des média le 31 Mars 2010 par la Directrice centrale de la promotion de la femme et par le représentant de Direction des nouvelles technologies. Le Directeur des Nouvelles technologies a participé à la session de présentation des produits de chaque module par les participantes le dernier jour de la formation.

Cette formation a été organisée à Brazzaville par AZUR Développement et le Programme d’appui aux réseaux de femmes de l’association pour le progrès des communications (PARF APC).

 

Des blogeuses amplifient les voix des survivantes de violence au Congo

Grâce aux derniers échanges féministes sur la technologie (FTX) organisés à Pointe-Noire, des jeunes femmes congolaises découvrent le blogage comme un moyen de s’exprimer en toute liberté sur les actes de violence dont sont victimes les femmes et les filles au quotidien. Issues des organisations de femmes et des média, ces jeunes femmes racontent des histoires vécues et appellent au changement.

Chacune aborde un thème particulier. Concernant la violence faite aux femmes dans les média, Victoire Bakanette relate des faits.
« Elie jeune femme, âgée de 39 ans de nationalité congolaise, journaliste de profession est très souvent rare à la maison. Son mari marc ne pouvant plus supporter son absence, il l’a frappée et elle devient infirme, porte une grosse cicatrice au visage. Elle a porté plainte au tribunal, puis elle a obtenu gain de cause; enfin elle a divorcé. C’est ce qu’il y avait de mieux à faire pour se défendre. Car sur 10 femmes journalistes 7 femmes sont victimes des violences à leur égard. »

Manhore Debessi dénonce le harcèlement sexuel chez les journalistes : « en ce qui concerne le dernier cas, plusieurs femmes sont victimes de violence dans les milieux où travaillent. Chez nous au Congo plus particulièrement à Pointe- Noire, celles qui évoluent dans les chaînes de médias privées comme étatiques se plaignent du fait que le harcèlement sexuel est monnaie courante. Lorsqu’un chef te fait la cour, en cas de refus de ta part, le boulot est menacé. Il te sort du tableau de programmation pour la présentation des journaux, il donne des instructions fermes au coordonnateur qui le seconde de ne plus t’envoyer en reportage. »

Elle ne s’arrête pas là, et affirme que la femme journaliste a un moyen sur de lutter contre le harcèlement sexuel : «créer des émissions pour faire connaître aux femmes leurs droits d’abord, ensuite les différentes formes de violences qui existent et ce qu’il faut faire en cas de violence serait le cheval de bataille des femmes de micro ».

Vivienne Dzobo quant à elle relate les activités menées pendant les 16 jours d’activisme et s’attaque à la violence conjugale subie par une jeune fille de 22 ans dans son quartier. « Lorsque j’arrive un peu tard à la maison, mon conjoint me tape, ne me fait pas parler, et parfois il sort pour rentrer très tard. Afin qu’il règle mon compte dès que je refuse de faire des rapports sexuels ou bien si je refuse de l’assister dans ses caprices de nuit (mettre l’eau dans la douche, l’assister à manger vers 1 heure ou 2 heures du matin au moment où il rentre) ».

Dans un autre billet, elle explique comment ces violences ont des incidences sur la santé de la femme et la fille, et parle des actions menées par leur organisation : « les lieux ciblés sont les lycées, les groupements des femmes ; avec elles, nous donnons des informations aux femmes et filles sur les violences faites aux femmes et filles. L’Agence Régionale d’Information et de prévention du SIDA (ARIPS) a fait comprendre aux femmes et filles que le VIH et IST sont des conséquences de ces violences ».

Sévéra Mpassi parle de l’adultère et du calvaire vécue par des femmes mariées congolaises sans revenus : « Mr Rufin multiplie les maîtresses, les rencontres dans les hôtels de la place. Il enceinte certaines de ses maîtresses et recueillent les enfants qu’il entretient de face à ce déchaînement de l’homme, la femme n’a pas la parole. »

Son histoire démontre aussi l’ignorance des droits et l’impuissance des femmes victimes de violence conjugale qui se réfugient dans la prière espérant trouver ainsi une solution . «Consciente des menaces que fait peser au tel comportement pour la sécurité du couple, elle redoute chaque jour le pire. Toutefois, face à l’absence de garanties et de chances de trouver mieux ailleurs, amis aussi la peur de laisser les enfants aux mains d’une femme méchante, elle supporte encore ses peines tout en sollicitent des interventions des personnes sages. Elle vit dans la peur et les frustrations. »

Elle termine en attirant l’attention des lecteurs sur les risques de l’infection au VIH/SIDA pour les femmes mariées dans cette situation. Elle parle aussi des mariages « trop faciles » où les fiancées ne se doutent de rien et les appellent à faire le dépistage du VIH pour éviter d’être infectées. Pour Sévéra il faudrait « exiger d’abord un dépistage commun avant de passer aux actes conjugaux ».

Georgette Medja revient encore sur ce sujet de la transmission volontaire du VIH qui devrait être condamnée et qui occasionne des souffrances morales et physiques chez des jeunes femmes forcées d’avoir des relations sexuelles avec leurs patrons au service. Elle affirme que demander justice n’est pas si simple que cela, car beaucoup de personnes hésitent encore à aller en justice dans des cas de violence, surtout quand les questions de pauvreté sont considérées.

Elle conclut : « cette affaire a été mal vécue par les parents et même les voisins qui pensent qu’une plainte devait être déposée chez le Procureur de la République afin que justice soit faite, mais une partie des parents pense que cette affaire doit faire l’objet d’un règlement à l’amiable, afin de préserver l’unité et la réconciliation de la famille que Mr Alphonse qui pendant, longtemps a marqué positivement, la famille par ses actions de solidarité devait bénéficier des circonstances atténuantes ».

En définitive, les bloggeuses sont restées actives pendant les 16 jours et couvert plusieurs sujets. Cela leur a permis de s’appliquer après le FTX, mais également d’amplifier les voix des femmes et filles sans voix, dont les histoires ne sont pas toujours connues sur la toile mondiale

Sylvie Niombo

 

Le grand débat… la technologie est-elle une question de genre au Congo ?

Du 18 au 21 Novembre 2009, près d’une vingtaine de femmes et jeunes filles actives dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles ont suivi une formation sur l’usage pratique des technologies de l’information et de la communication (TIC) à Pointe-noire au Congo, précisément sur les modules Radio pour l’action, la vidéo pour la justice sociale et le réseautage social.

Pendant les sessions théoriques, les participantes ont débattu des sujets divers, et échangé sur la technologie qui est souvent considérée comme neutre. Elles ont décortiqué cela et affirmé avec véhémence que les femmes congolaises ont un faible pouvoir d’achat, étant désœuvrées et sous employées avec des petits salaires.

Le pouvoir économique des femmes et filles congolaises étant ainsi inférieur à celui des hommes et des garçons, elles ont le moins d’opportunités d’accéder et d’utiliser les TIC pour leurs besoins. Le salaire moyen des femmes s’avoisine autour de 100 US$ par mois dans le secteur public comme privé, et les calculs peuvent être faits rapidement sur les couts des outils TIC : un téléphone à partir de 20 US$, un ordinateur de seconde main à partir de 400 US$, une connexion internet à partir de 600 US$. Elles ont pensé que si l’accès à l’internet par exemple est moins cher, en-dessous de 1US$ par heure de navigation internet, cela permettra aux femmes et filles d’être attirées.

Le manque d’intérêt dans les TIC a été cité, en illustrant cela par la majorité des femmes qui ne savent pas manipuler leurs téléphones, utiliser les lecteurs DVD à la maison, et encore moins l’outil informatique. Ce qui s’illustre aussi par le fait que certaines femmes qui ont accès à l’outil informatique, parfois ne l’utilisent que pour jouer les cartes.

Répondant à cela, certaines participantes ont relevé que la sensibilisation et la formation des femmes et filles congolaises sur l’importance des TIC et ce qu’elles peuvent en obtenir est capital pour attiser l’intérêt des femmes aux TIC.

En effet, comment peuvent-elles être intéressées par ce qu’elles ne connaissent pas ? Le choix entre payer pour leur repas et aller au cybercafé est clair quand elles ne savent pas concrètement ce qu’elles vont gagner de l’internet.

En regardant combien de femmes bénéficient d’une formation universitaire dans les TIC, il a été constaté que très peu y parviennent. Tout comme, il y a très peu de femmes qui occupent des postes de responsabilité dans les TIC. Les jeunes filles s’enrôlent souvent dans les filières de formation dites « douces » comme la bureautique et la comptabilité sur informatique ; tandis qu’elles se font rare dans les filières « dures » comme la maintenance et les télécommunications. Les participantes ont demandé qu’il y ait davantage d’opportunités pour augmenter le nombre de jeunes filles dans les filières technologiques afin de les encourager.

Elles ont échangé sur les besoins en contenus locaux pour les femmes et les filles, qui ne peuvent pas correspondre à ceux des hommes et des garçons. Davantage de contenus locaux veulent dire en produire. Cependant, combien de productrices de contenus y a t-il au Congo ? La question a été portée à la réflexion intérieure de chacune.

Bien qu’elles ont admis qu’il y a une fracture numérique de genre, les participantes ont reconnu qu’il reste encore beaucoup d’efforts à fournir pour que leurs voix s’élèvent et comptent dans les arènes de décision ; comme par exemple le Parlement où il y a une sous-représentation criard des femmes.

Sylvie Niombo