Féministes Congolaises

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Le grand débat… la technologie est-elle une question de genre au Congo ? 26 juillet 2010

Du 18 au 21 Novembre 2009, près d’une vingtaine de femmes et jeunes filles actives dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles ont suivi une formation sur l’usage pratique des technologies de l’information et de la communication (TIC) à Pointe-noire au Congo, précisément sur les modules Radio pour l’action, la vidéo pour la justice sociale et le réseautage social.

Pendant les sessions théoriques, les participantes ont débattu des sujets divers, et échangé sur la technologie qui est souvent considérée comme neutre. Elles ont décortiqué cela et affirmé avec véhémence que les femmes congolaises ont un faible pouvoir d’achat, étant désœuvrées et sous employées avec des petits salaires.

Le pouvoir économique des femmes et filles congolaises étant ainsi inférieur à celui des hommes et des garçons, elles ont le moins d’opportunités d’accéder et d’utiliser les TIC pour leurs besoins. Le salaire moyen des femmes s’avoisine autour de 100 US$ par mois dans le secteur public comme privé, et les calculs peuvent être faits rapidement sur les couts des outils TIC : un téléphone à partir de 20 US$, un ordinateur de seconde main à partir de 400 US$, une connexion internet à partir de 600 US$. Elles ont pensé que si l’accès à l’internet par exemple est moins cher, en-dessous de 1US$ par heure de navigation internet, cela permettra aux femmes et filles d’être attirées.

Le manque d’intérêt dans les TIC a été cité, en illustrant cela par la majorité des femmes qui ne savent pas manipuler leurs téléphones, utiliser les lecteurs DVD à la maison, et encore moins l’outil informatique. Ce qui s’illustre aussi par le fait que certaines femmes qui ont accès à l’outil informatique, parfois ne l’utilisent que pour jouer les cartes.

Répondant à cela, certaines participantes ont relevé que la sensibilisation et la formation des femmes et filles congolaises sur l’importance des TIC et ce qu’elles peuvent en obtenir est capital pour attiser l’intérêt des femmes aux TIC.

En effet, comment peuvent-elles être intéressées par ce qu’elles ne connaissent pas ? Le choix entre payer pour leur repas et aller au cybercafé est clair quand elles ne savent pas concrètement ce qu’elles vont gagner de l’internet.

En regardant combien de femmes bénéficient d’une formation universitaire dans les TIC, il a été constaté que très peu y parviennent. Tout comme, il y a très peu de femmes qui occupent des postes de responsabilité dans les TIC. Les jeunes filles s’enrôlent souvent dans les filières de formation dites « douces » comme la bureautique et la comptabilité sur informatique ; tandis qu’elles se font rare dans les filières « dures » comme la maintenance et les télécommunications. Les participantes ont demandé qu’il y ait davantage d’opportunités pour augmenter le nombre de jeunes filles dans les filières technologiques afin de les encourager.

Elles ont échangé sur les besoins en contenus locaux pour les femmes et les filles, qui ne peuvent pas correspondre à ceux des hommes et des garçons. Davantage de contenus locaux veulent dire en produire. Cependant, combien de productrices de contenus y a t-il au Congo ? La question a été portée à la réflexion intérieure de chacune.

Bien qu’elles ont admis qu’il y a une fracture numérique de genre, les participantes ont reconnu qu’il reste encore beaucoup d’efforts à fournir pour que leurs voix s’élèvent et comptent dans les arènes de décision ; comme par exemple le Parlement où il y a une sous-représentation criard des femmes.

Sylvie Niombo