Féministes Congolaises

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« Nous-nous constituons en avocat principal de la femme » 26 février 2013

Marginalisée dans le ménage ou hors famille, survivrante de tous les maux et de toutes injustices dans le foyer, les droits de la femme congolaise ne sont pas encore acquis. Des Organisations de la société civile congolaise, qu’elles soient féminines ou des droits humains, en synergie avec les pouvoirs publics, militent tant soit peu contre les violences domestiques faites à l’égard des femmes.

Vendredi 15 février dernier, à 16 heures du soir, dans l’arrondissement 3 Tié-Tié à Pointe-Noire, Vivienne Dzobo réunit un groupe de 30 fidèles catholiques pour leur parler des violences domestiques dans la paroisse Saint-Pierre. Dans un style comique, elle demande aux participantes de témoigner si elles ont déjà été victimes de violences domestiques au foyer. La salle a connu un silence de cimetière. «Si j’ai accepté de faire ce travail c’est parce je constate que la femme congolaise est victime au jour le jour des violences dans le ménage ou hors ménage. Il faut briser ce tabou là parce que les victimes ont peur de dénoncer leurs tortionnaires », martèle Vivienne Dzobo, bloggeuse et membre de l’Agence Régionale d’information et de prévention du SIDA (ARIPS).

Après son intervention, des réactions n’ont plus tardé à venir. Pour Julienne, une habitante de Tié-Tié, ce sont des choses que nous vivons souvent dans des foyers, mais que nous ne savons pas comment faire. Maintenant que nous sommes éclairées, nous pensons que nous ne seront plus inoffensives vis-à-vis de nos conjoints. Ella, une autre participante, la vingtaine révolue, avoue que « C’est un débat passionnant. Je pense que j’ai appris quelque chose de plus dans ma vie qui m’épargnera de tomber dans le piège.»

L’engagement des parties prenantes
La bataille sur les violences ne laisse plus insensible certaines autorités congolaises et d’autres organisations qui, soutiennent l’initiative d’AZUR Développement. Pour Jean Beau Paul Makouangou, président de Réseau des associations de solidarité positive (RASP), nous avons mené plusieurs actions de terrain, parmi lesquelles il faut noter : participer au Forum interpays Africain à Pointe-Noire ; travailler avec la directrice de l’intégration de la femme au développement puis avec celle de la promotion de la femme pendant les 16 jours contre les violences faites aux femmes et aux filles en 2012. Selon lui, RASP a identifié trois (03) cas de victime de violences qu’ils ont accompagnés sur le plan juridique. « Après les enquêtes que nous avons mené pour vérifier la véracité des faits au niveau des commissariats et ménages, nous avons écrit au Procureur de la République pour dénoncer », a expliqué Beau Paul.

A l’intérieur du pays, dans le département de la Bouenza, les chefs de quartier ne sont pas restés en marge. A l’image de M. Mikolongoulou, chef de quartier n°8 Kibiti à Nkayi, il pense que c’est une bonne chose de les avoir sensibilisé sur les violences. Nous partageons l’initiative et nous allons nous impliquer dans la collecte des données.

Financée par l’Association pou le Progrès des Communications (APC)C, via AZUR Développement, l’Association des Femmes pour le Développement de la Bouenza (AFDB) a débuté ses activités de collecte de données en février 2012 dans l’arrondissement Muana To qui compte six quartiers à Nkayi. Elle a sensibilisé plus d’une vingtaine de chefs de quartier pour la collecte des données et a fait le plaidoyer auprès de l’Administrateur maire de Nkayi. En 2011, cette organisation féminine de la Bouenza a fait des sensibilations pareilles dans des quartiers et écoles. En 2012, elle a sensibilisé uniquement les femmes qui fréquentent les centres de santé intégré (CSI). «Actuellement, nous avons collecté deux cas de violences domestiques dont l’une est dans le ménage et l’autre est hors ménage. Nous avons proposé de les accompagner à la gendarmerie, mais pour l’heure les survivantes ne semblent pas être déterminées à passer à cette étape», confie Célestine Bahidikirila, présidente de l’Association des Femmes pour le Développement de la Bouenza (AFDB).
Des avocats de la femme ?

Sa motivation dans la lutte contre les violences domestiques n’est pas un hasard. Pour cette militante, elle pense que les femmes sont marginalisées dans des ménages. Raison pour laquelle, elle travaille dans un tel projet afin de militer pour les droits des femmes. Femmes, jeune filles, hommes… acceptent d’être sensibilisées par ses militantes sur les questions des violences. « C’est ma première fois que je suis sensibilisée par une Association sur les violences domestiques. C’est vraiment intéressant, car je ne savais pas que certains comportements des hommes étaient une forme de violence. Pour faire entendre ma voix, je souhaite aller débattre avec des responsables d’AZUR Développement et d’autres invités à la radio », estime Olga, une habitante de Nkayi, à Soulouka.

Pour Jean Beau Paul Makouangou, président du Réseau des associations de solidarité positive (RASP), c’est depuis 2009 qu’il travaille dans ce domaine, avec une spécificité d’une antenne qui s’occupe de la lutte contre les violences faites aux femmes et filles. But : accompagner les victimes dans des tribunaux, hôpitaux, commissariat de police ou à la gendarmerie. Nous avons déjà assisté juridiquement sept cas de violences au tribunal dont un a abouti. L’auteur a été emprisonné pendant deux mois et a payé une amende de 1.500.000 F cfa de dommage d’intérêt à la victime. « Si on ne respecte pas la femme, elle subira toujours des violences, alors qu’elle est considérée comme un partenaire au développement. C’est pourquoi nous-nous constituons en avocat principal de la femme », soutient ce défenseur des droits de l’Homme.

Appuyée par plusieurs parties prenantes, cette initiative est en train de d’apporter ses fruits. « Le combat que mènent des associations dans la lutte contre les violences, est une bonne chose. Nous avons adhéré à l’initiative d’AZUR Développement parce qu’en dehors de notre mission de sécuriser la population, nous avons aussi un rôle d’éduquer, corriger, trancher des problèmes à notre niveau … Et si nous voulons lutter contre les violences, il faut une synergie des toutes les structures», a fait savoir un Lieutenant dans un commissariat de police à Pointe-Noire.

Ces activités sont menées par les partenaires locaux du projet de suivi de la réponse gouvernementale aux violences domestiques en République du Congo.

Réseau des Associations de Solidarité Positive (RASP) est une organisation des hommes créée en 2009 ; active dans la prévention et la prise en charge juridique des femmes et enfants victimes de violence. Ils font le suivi des cas de plainte à la police, et travaillent sur la photo comme outil de base pour la sensibilisation sur les méfaits des violences domestiques et sexuelles. Cette organisation a déjà travaillé dans la campagne Take Back The Tech en 2010 dans le cadre du projet OMD3.

Agence Régionale d’Information et Prévention du Sida (ARIPS) est une organisation de femmes qui travaille dans la prévention du VIH/SIDA, le plaidoyer, le renforcement des groupes de femmes en zone urbaine et rurale, la prévention des violences faites aux femmes et aux filles, et l’éducation des enfants. Elle a déjà travaillé dans la campagne la campagne Take Back The Tech en 2010 et 2011 dans le cadre du projet OMD3. Ses membres ont été formées dans les blogues, et maintiennent un blogue sur la violence faite aux femmes et aux filles URL : http://violsconjugauxcg.blogspot.com/

Association des Femmes pour le Développement de la Bouenza (AFDB) est une association de femmes créée en 2011 qui prend en charge les femmes vivant avec le VIH/SIDA, fait la prévention, l’écoute et l’orientation des survivantes de violence domestique et sexuelles vers les services adaptés. Elle fait de la mobilisation communautaire sur ces questions en zone rurale et urbaine. Elle a travaillé avec AZUR Développement comme partenaire dans une action de prise en charge psycho sociale des femmes financé par un projet de l’Union Européenne au Congo.

La collecte des données sur les cas de violences domestiques et le suivi de la réponse des autorités locales, de la santé, de l’accès à la santé, la justice, le soutien psychosocial est rendu possible grâce à une subvention de l’APC à travers le Fonds Affricati de Hivos et Omidyar Network.

Jean Thibaut Ngoyi

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Des blogeuses amplifient les voix des survivantes de violence au Congo 26 juillet 2010

Grâce aux derniers échanges féministes sur la technologie (FTX) organisés à Pointe-Noire, des jeunes femmes congolaises découvrent le blogage comme un moyen de s’exprimer en toute liberté sur les actes de violence dont sont victimes les femmes et les filles au quotidien. Issues des organisations de femmes et des média, ces jeunes femmes racontent des histoires vécues et appellent au changement.

Chacune aborde un thème particulier. Concernant la violence faite aux femmes dans les média, Victoire Bakanette relate des faits.
« Elie jeune femme, âgée de 39 ans de nationalité congolaise, journaliste de profession est très souvent rare à la maison. Son mari marc ne pouvant plus supporter son absence, il l’a frappée et elle devient infirme, porte une grosse cicatrice au visage. Elle a porté plainte au tribunal, puis elle a obtenu gain de cause; enfin elle a divorcé. C’est ce qu’il y avait de mieux à faire pour se défendre. Car sur 10 femmes journalistes 7 femmes sont victimes des violences à leur égard. »

Manhore Debessi dénonce le harcèlement sexuel chez les journalistes : « en ce qui concerne le dernier cas, plusieurs femmes sont victimes de violence dans les milieux où travaillent. Chez nous au Congo plus particulièrement à Pointe- Noire, celles qui évoluent dans les chaînes de médias privées comme étatiques se plaignent du fait que le harcèlement sexuel est monnaie courante. Lorsqu’un chef te fait la cour, en cas de refus de ta part, le boulot est menacé. Il te sort du tableau de programmation pour la présentation des journaux, il donne des instructions fermes au coordonnateur qui le seconde de ne plus t’envoyer en reportage. »

Elle ne s’arrête pas là, et affirme que la femme journaliste a un moyen sur de lutter contre le harcèlement sexuel : «créer des émissions pour faire connaître aux femmes leurs droits d’abord, ensuite les différentes formes de violences qui existent et ce qu’il faut faire en cas de violence serait le cheval de bataille des femmes de micro ».

Vivienne Dzobo quant à elle relate les activités menées pendant les 16 jours d’activisme et s’attaque à la violence conjugale subie par une jeune fille de 22 ans dans son quartier. « Lorsque j’arrive un peu tard à la maison, mon conjoint me tape, ne me fait pas parler, et parfois il sort pour rentrer très tard. Afin qu’il règle mon compte dès que je refuse de faire des rapports sexuels ou bien si je refuse de l’assister dans ses caprices de nuit (mettre l’eau dans la douche, l’assister à manger vers 1 heure ou 2 heures du matin au moment où il rentre) ».

Dans un autre billet, elle explique comment ces violences ont des incidences sur la santé de la femme et la fille, et parle des actions menées par leur organisation : « les lieux ciblés sont les lycées, les groupements des femmes ; avec elles, nous donnons des informations aux femmes et filles sur les violences faites aux femmes et filles. L’Agence Régionale d’Information et de prévention du SIDA (ARIPS) a fait comprendre aux femmes et filles que le VIH et IST sont des conséquences de ces violences ».

Sévéra Mpassi parle de l’adultère et du calvaire vécue par des femmes mariées congolaises sans revenus : « Mr Rufin multiplie les maîtresses, les rencontres dans les hôtels de la place. Il enceinte certaines de ses maîtresses et recueillent les enfants qu’il entretient de face à ce déchaînement de l’homme, la femme n’a pas la parole. »

Son histoire démontre aussi l’ignorance des droits et l’impuissance des femmes victimes de violence conjugale qui se réfugient dans la prière espérant trouver ainsi une solution . «Consciente des menaces que fait peser au tel comportement pour la sécurité du couple, elle redoute chaque jour le pire. Toutefois, face à l’absence de garanties et de chances de trouver mieux ailleurs, amis aussi la peur de laisser les enfants aux mains d’une femme méchante, elle supporte encore ses peines tout en sollicitent des interventions des personnes sages. Elle vit dans la peur et les frustrations. »

Elle termine en attirant l’attention des lecteurs sur les risques de l’infection au VIH/SIDA pour les femmes mariées dans cette situation. Elle parle aussi des mariages « trop faciles » où les fiancées ne se doutent de rien et les appellent à faire le dépistage du VIH pour éviter d’être infectées. Pour Sévéra il faudrait « exiger d’abord un dépistage commun avant de passer aux actes conjugaux ».

Georgette Medja revient encore sur ce sujet de la transmission volontaire du VIH qui devrait être condamnée et qui occasionne des souffrances morales et physiques chez des jeunes femmes forcées d’avoir des relations sexuelles avec leurs patrons au service. Elle affirme que demander justice n’est pas si simple que cela, car beaucoup de personnes hésitent encore à aller en justice dans des cas de violence, surtout quand les questions de pauvreté sont considérées.

Elle conclut : « cette affaire a été mal vécue par les parents et même les voisins qui pensent qu’une plainte devait être déposée chez le Procureur de la République afin que justice soit faite, mais une partie des parents pense que cette affaire doit faire l’objet d’un règlement à l’amiable, afin de préserver l’unité et la réconciliation de la famille que Mr Alphonse qui pendant, longtemps a marqué positivement, la famille par ses actions de solidarité devait bénéficier des circonstances atténuantes ».

En définitive, les bloggeuses sont restées actives pendant les 16 jours et couvert plusieurs sujets. Cela leur a permis de s’appliquer après le FTX, mais également d’amplifier les voix des femmes et filles sans voix, dont les histoires ne sont pas toujours connues sur la toile mondiale

Sylvie Niombo

 

Le grand débat… la technologie est-elle une question de genre au Congo ?

Du 18 au 21 Novembre 2009, près d’une vingtaine de femmes et jeunes filles actives dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles ont suivi une formation sur l’usage pratique des technologies de l’information et de la communication (TIC) à Pointe-noire au Congo, précisément sur les modules Radio pour l’action, la vidéo pour la justice sociale et le réseautage social.

Pendant les sessions théoriques, les participantes ont débattu des sujets divers, et échangé sur la technologie qui est souvent considérée comme neutre. Elles ont décortiqué cela et affirmé avec véhémence que les femmes congolaises ont un faible pouvoir d’achat, étant désœuvrées et sous employées avec des petits salaires.

Le pouvoir économique des femmes et filles congolaises étant ainsi inférieur à celui des hommes et des garçons, elles ont le moins d’opportunités d’accéder et d’utiliser les TIC pour leurs besoins. Le salaire moyen des femmes s’avoisine autour de 100 US$ par mois dans le secteur public comme privé, et les calculs peuvent être faits rapidement sur les couts des outils TIC : un téléphone à partir de 20 US$, un ordinateur de seconde main à partir de 400 US$, une connexion internet à partir de 600 US$. Elles ont pensé que si l’accès à l’internet par exemple est moins cher, en-dessous de 1US$ par heure de navigation internet, cela permettra aux femmes et filles d’être attirées.

Le manque d’intérêt dans les TIC a été cité, en illustrant cela par la majorité des femmes qui ne savent pas manipuler leurs téléphones, utiliser les lecteurs DVD à la maison, et encore moins l’outil informatique. Ce qui s’illustre aussi par le fait que certaines femmes qui ont accès à l’outil informatique, parfois ne l’utilisent que pour jouer les cartes.

Répondant à cela, certaines participantes ont relevé que la sensibilisation et la formation des femmes et filles congolaises sur l’importance des TIC et ce qu’elles peuvent en obtenir est capital pour attiser l’intérêt des femmes aux TIC.

En effet, comment peuvent-elles être intéressées par ce qu’elles ne connaissent pas ? Le choix entre payer pour leur repas et aller au cybercafé est clair quand elles ne savent pas concrètement ce qu’elles vont gagner de l’internet.

En regardant combien de femmes bénéficient d’une formation universitaire dans les TIC, il a été constaté que très peu y parviennent. Tout comme, il y a très peu de femmes qui occupent des postes de responsabilité dans les TIC. Les jeunes filles s’enrôlent souvent dans les filières de formation dites « douces » comme la bureautique et la comptabilité sur informatique ; tandis qu’elles se font rare dans les filières « dures » comme la maintenance et les télécommunications. Les participantes ont demandé qu’il y ait davantage d’opportunités pour augmenter le nombre de jeunes filles dans les filières technologiques afin de les encourager.

Elles ont échangé sur les besoins en contenus locaux pour les femmes et les filles, qui ne peuvent pas correspondre à ceux des hommes et des garçons. Davantage de contenus locaux veulent dire en produire. Cependant, combien de productrices de contenus y a t-il au Congo ? La question a été portée à la réflexion intérieure de chacune.

Bien qu’elles ont admis qu’il y a une fracture numérique de genre, les participantes ont reconnu qu’il reste encore beaucoup d’efforts à fournir pour que leurs voix s’élèvent et comptent dans les arènes de décision ; comme par exemple le Parlement où il y a une sous-représentation criard des femmes.

Sylvie Niombo