Féministes Congolaises

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Survivantes de violence mais elles ne veulent pas dénoncer ! 25 novembre 2013

Filed under: Non classé — gisele75 @ 11 h 43 min
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Dans des ménages congolais, des violences se vivent au quotidien. Certaines victimes par mutisme ne veulent pas dénoncer leurs bourreaux. Une attitude qui freine l’engagement des organisations de défense des droits des femmes et de l’homme.

« Pour mettre fin aux violences, la femme elle-même doit se lever pour que les ONG et la société civile puissent venir en appui », a martelé Sylvie Foutou Banga, présidente de l’Organisation pour le Développement et les Droits Humains au Congo (ODDHC) que nous avons rencontré le 22 novembre au siège de son association en plein préparatif des 16 jours d’activisme et de la célébration de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes prévu chaque 25 novembre.

Selon la présidente de l’ODDHC, « chaque jour qui passe nous recevons des cas de viol fait à l’égard des enfants et des petites filles. Et les auteurs de ces actes ne s’inquiètent presque pas. Ainsi nous envoyons les victimes à AZUR Développement pour le suivi et l’assistance sociale. En ce qui est du volet juridique, nous sommes entrain de voir avec l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH) comment poursuivre les auteurs de ces actes, mais il faut reconnaitre que c’est un peu difficile parce que souvent se sont des cas qui se passent dans des maisons et certaines familles ne veulent pas en parler elles sollicitent l’assistance sociale mais le volet juridique généralement ces femmes violentées ne veulent pas en parler. C’est un problème ! »

S’inspirant d’un cas qu’elle devrait résoudre et qui n’a pas abouti du fait de la résignation de la victime, Sylvie pense plutôt à la volonté des victimes de dénoncer leurs bourreaux. «Nous avons reçu un cas où une femme est venue nous voir et nous parler de ce qu’elle vit dans son foyer, des battues, des menaces de mort car elle nous a apporté le couteau avec lequel son mari la menaçait, au moment où on s’apprêtait pour interpeller le monsieur, mais quelque jours après, la dame a fait la paix avec son mari sous prétexte de protéger ses enfants et sauvegarder son mariage et elle n’est plus jamais revenue alors qu’elle avait raconté des choses dramatiques qu’elle vit », raconte-t-elle avant de se questionner « pour une telle femme qu’est ce qu’on peut faire si elle-même ne se lève pas ? ».

Certes la lutte est difficile mais « sans la détermination et volonté des femmes elles-mêmes le salut ne viendra pas du ciel », conclut-elle.

Marien Nzikou-Massala

 

«Plus de 80% des cas de viol sont des enfants de zéro à 15 ans »

Filed under: Non classé — gisele75 @ 11 h 35 min
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A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et du lancement de la campagne mondiale des 16 jours d’activisme, le Docteur Carmel Stella Miabanzila Matoko, médecin responsable de la prise en charge des victimes des violences sexuelles (VVS) au niveau de l’unité de Poto-Poto et à l’antenne de prise en charge de ces dernières à l’hôpital de Talangaï nous a accordé une interview sur cette situation à Brazzaville.

Docteur Carmel Stella Miabanzila Matoko, quelle est la tendance actuelle de la situation de la violence sexuelle faite aux femmes au sein des unités de prise en charge des VVS dont vous avez la charge ?

Aujourd’hui, la tendance s’est renversée comme nous avons du le constater. Présentement, les agresseurs sont de plus en plus des jeunes sur des victimes de plus en plus encore jeunes. C’est quelque chose qu’on a noté et ce n’est pas toujours le militaire ou l’homme en arme, mais c’est surtout aujourd’hui le civil qui agresse, qui viole.

Donc, les tendances se sont inversées par rapport aux stéréotypes qu’on avait avant. Maintenant là, on sait que la violence sexuelle existe, ça perdure dans notre société et qu’aujourd’hui de plus en plus des jeunes agresseurs qui violent, gaspillent l’avenir du plus petit (enfants de moins de 15 ans) sont des jeunes. Donc, la tendance est là, elle est inversée.

C’est vraiment de très jeunes enfants qui sont victimes. 80 % des cas qu’on a reçus sont des enfants de zéro à 15 ans. C’est une tendance généralisée sur près de 5 ans. Nous avons observé depuis 2010, 2011, 2012 à Talagaï et on a fait le comparatif avec l’unité de prise en charge des victimes de violence sexuelle de Makélékélé. Pratiquement, nous avons les mêmes tendances. Les enfants de zéro à 15 ans constituent la couche la plus touchée. Plus de 80 % sont des enfants quand on fait les statistiques.

Docteur Matoko, est-ce que vous recevez des cas liés à l’inceste ?

Oui, il y a beaucoup de cas d’inceste, mais ce sont des cas qui ne sont pas trop en accord pour poursuivre une procédure pénale. Il y a des gens qui viennent juste pour confirmer un viol et puis on vous dit que c’est le père, le frère, l’oncle, mais pour qu’on vous dise qu’il y a une procédure pénale qui sera poursuivie jusqu’à la fin, non.

C’est des gens qui viennent juste pour avoir la confirmation qu’il y a eu viol puis le reste, ce n’est pas leur problème.

Quelles sont les actions que vous menez au niveau de vos unités de prise en charge des victimes de violence sexuelle ?

Nous menons des activités de sensibilisation parce qu’il faut sensibiliser les victimes sur les différentes procédures. Après l’hôpital, il faut aller à la justice, poursuivre le traitement et la prise en charge psychologique. En dehors de la sensibilisation, nous faisons la prise en charge médicale, mais à la différence de ce que l’on avait à l’hôpital de Talagaï, on avait des médicaments pour cette prise en charge. Aujourd’hui, nous n’avons aucun médicament. Nous prodiguons donc des soins et nous faisons plus des ordonnances puis de l’orientation.

Docteur, qu’en est-il de l’obtention du certificat médical ?

Le certificat médical est un document légal. C’est un document qui peut demander à ce que vous allez expliquer à la justice le pourquoi de chaque phrase. Donc, c’est un document qui ne peut pas être gratuit. Il est gratuit dans certaines circonstances par exemple en post-conflit, c’était normal que le certificat médical soit graduait, mais maintenant que nous parlons, le programme de prise en charge des victimes de violence sexuelle (VVS) n’est soutenu par aucune structure. Je dis bien aucune structure ne soutien ce programme. Les gens ne sont pas rémunérés par rapport à cette spécificité d’action.

Donc, on ne peut pas dire qu’on va faire de la gratuité. On fait de la gratuité quand on reçoit les médicaments ou une aide extérieure. Mais pour ce qui concerne le certificat médical, nous demandons un petit forfait qui est humanitaire, s’élevant à 10.000 F CFA. Les examens étaient gratuits quand nous étions à Talangaï.

Actuellement, nous n’avons pas de laboratoire. Or, avant, nous faisions des échographies, des prélèvements vaginaux et autres examens, gratuitement à l’hôpital et qui ont révélé des cas des grossesses après viol.

Des cas des IST ou infection à VIH ?

Oui, il y a beaucoup de cas des IST et de cas de VIH qui ont été identifiés. Je sais que ce pas très courant. Je ne souhaite pas d’ailleurs, mais il y a eu des cas. Il y a une infection à VIH après le viol et il y a eu aussi des cas où l’enfant était déjà contaminé depuis le ventre de la maman, c’est-à-dire l’enfant qui était séropositif et le violeur ne savait pas qu’il était sur un terrain miné.
Donc, la victime peut aussi contaminer.

Qu’est ce qu’il faut faire pour qu’il y ait une meilleure prise en charge des VVS au niveau médical ?

Nous voulons que la prise en charge des victimes de violences sexuelles (VVS) soit intégrée dans le paquet d’activités des Centres de santé intégré (CSI), rien que ça. Si vous allez chez les autres, vous verrez qu’il y a des gens qui sont formés dans tous les hôpitaux pour ça. Mais ici, les gens ne sont pas formés, je suis désolée de le dire. Donc, il y a une formation qu’on y ajoute. Il y a la donnée psychologique qui s’ajoute à cette consultation là. Si on pouvait intégrer cela dans le paquet minimum des activités des hôpitaux et même des CSI, ça nous aiderait et même ces dernières. En définitive, la prise en charge doit être holistique.

Propos recueillis par Jean Thibaut Ngoyi